Les éborgés de l'État

Les éborgnés de l’État

Il y a bientôt un an, trente-cinq ophtalmologistes adressaient une lettre ouverte à la Présidence de la République, pour demander un moratoire dans l’utilisation des machines à éborgner que sont les LBD 40. Cet été, la prestigieuse revue médicale The Lancet hébergeait les travaux d’équipes de l’AP-HP, où les médecins soulignaient que les projectiles de 40mm « peuvent entraîner la mort, ainsi que des traumatismes sévères avec des atteintes fonctionnelles irréversibles, et des implications sociales à long terme ». Il y a un mois, le collectif militant Désarmons-les publiait le décompte révoltant des soixante-cinq personnes éborgnées par l’État au cours des deux dernières décennies, dont vingt-neuf sur l’année écoulée.

Devant l’absence complète de réactions de la part du gouvernement français, c’est au tour des medics de la Coordination 1ers secours, seuls liens durant les manifestations entre les blessé.e.s et les secours conventionnels, de réitérer cette demande de désarmer les forces de l’ordre.

Après des années de mutilations impunies dans les cités, les récents mouvements sociaux ont mis en lumière l’inévitable cruauté que suppose cet « usage de la force ». Le scandale du maintien de l’ordre peine pourtant à éclater. Aucun de ces articles, scientifique ou militant, n’a obtenu de réponse de la part du gouvernement. Or ce qui est en cause, c’est bien l’armement accordé par l’État à ceux qu’il charge de maintenir une certaine vision de l’ordre établi, ainsi que l’utilisation de certaines unités, comme la BAC, qui confondent manifestation et révolte, ce qui a considérablement augmenté le nombre de victimes. Les LBD, mais également les grenades de désencerclement, et même les grenades lacrymogènes MP7, sont par essence des armes qui peuvent causer des blessures irréversibles : la taille des projectiles, leur force cinétique, l’imprécision des tirs rarement réglementaires sont autant de raisons qui rendent inévitables ce qu’ils appellent encore des « bavures », et que nous nommons pour ce qu’elles sont : des agressions.

En refusant de retirer ces armes des dotations des forces de l’ordre, l’État condamne sciemment le peuple à la mutilation. En se plaçant systématiquement en soutien des forces de l’ordre, l’État voile sa responsabilité et absout toute forme de violence. C’est là l’expression pure d’une répression qui dépasse largement la violence symbolique habituelle, pour sombrer dans l’exercice de la terreur.

Notre rôle de secouristes durant les manifestations nous permet de constater la gravité et la quantité des blessures causées par les tirs de LBD. Devant l’escalade du conflit social, sa durée (plus d’une année de manifestations et de blocages),ainsi que la fermeté de tout les intervenants, il nous semble important de tirer une nouvelle fois la sonnette d’alarme concernant l’usage des lanceurs de projectiles de type LBD ; et de façon plus générale sur la forme actuelle du maintien de l’ordre, ancrée dans le contact et la violence ; et où les balles de LBD ne sont pas les seuls dangers pour les manifestants.

Nous soutenons le travail de nos camarades de Désarmons-les.

Sources


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