Communiqué de la Coordination contre l’Institutionnalisation des Street Medics

Retranscription:

En dépit d’un communiqué sorti il y a deux semaines, dénonçant déjà l’inquiétude d’une grande partie des medics sur la volonté de donner le contrôle au gouvernement sur nos actions, la Coordination 1er Secours se fait à nouveau le relais de ses membres face au virage que vient de prendre la Marche Blanche des Medics.

Initiée pour dénoncer les violences policières commises à l’encontre des medics, la Marche Blanche souhaite à son tour créer un statut officiel de « secouriste de rue », comprenant entre autre des diplômes obligatoires et une carte délivrée par le gouvernement de l’intérieur. Encore une fois, par peur de la violence du gouvernement et a fortiori par peur de la révolution, des personnes en arrivent à saborder les tentatives d’organisation et de solidarité du mouvement des Gilets Jaunes.

Face à celà, le présent communiqué rappelle les valeurs de la Coordination 1ers Secours qui font la force des street-médics et secouristes volontaires sur le terrain: Militants.   Indépendants.   Compétents. Solidaires.

Militants ;
Que l’on soit street-medic depuis des années ou medic secouriste arrivé durant le mouvement des Gilets Jaunes, c’est bien le besoin de porter secours à nos concitoyens qui nous a motivé. Ce sont les manifestants réprimés, ce sont les mains arrachées et les yeux crevées, les enfants victimes de gaz lacrymogène, la démesure et la violence du maintien de l’ordre qui nous ont conduit a utiliser nos compétences pour eux. Personne ne s’est ému d’un policier blessé, d’autant plus que ceux ci disposent de leurs propres équipes médicales, qui n’interviennent d’ailleurs que très rarement pour porter secours à un citoyen.

En faisant le choix de soutenir nos camarades, au sein même des manifestations, nous contribuons à la continuité de ce mouvement social. Nous sommes acteurs au même titre que les manifestants, et se penser neutre parce qu’on « porte secours aux forces de l’ordre » relève au mieux d’un manque cruel de politisation, au pire d’une négation hypocrite des valeurs de solidarité du mouvement des Gilets Jaunes que tous, street-medics et medics secouristes, accompagnons depuis 10 mois déjà.

Lorsque nous portons assistance aux manifestants, encore plus depuis l’apparition des medics secouristes et leur grande visibilité dans les médias, nous envoyons le message – que l’on le veuille ou non – que le gouvernement est dangereux dans son choix du maintien de l’ordre, et que la violence faite au peuple en a révolté suffisamment pour que des groupes de medics se créent aux quatre coins du pays. Nos actes sont donc militants, et alors que le soin en manifestation est un choix personnel, un engagement bénévole, certains voudraient privatiser nos pratiques.

Indépendants ;
Il est inconcevable, voire même irresponsable, de pleurer dans les jupes de l’ État afin de se voir délivrer un statut spécial. Tout d’abord, des lois conventionnelles nous protègent déjà, en ajouter une ne changera rien. Un statut officiel agréé par le gouvernement lui donnera au contraire l’occasion de criminaliser ceux qui n’acceptent par les règles.

Le parallèle peut à nouveau être fait avec les journalistes détenteurs de la carte de presse. Agréés par l’état, ces journalistes n’en sont pas moins visés par les forces de l’ordre, et les confiscations/dégradations de matériel à leur égard sont nombreuses. Les journalistes avec carte sont donc régulièrement empêchés de faire leur travail, et les médias indépendants, grâce à qui bon nombre de scandales de violence policière nous sont parvenus, n’en sont pas moins victimes. La carte de presse, à défaut de protéger les ”heureux” bénéficiaires, rend vulnérable tout ceux qui en sont dépourvu, et pourtant tout autant légitimes dans leur démarche.

Nous rappelons également à la Marche Blanche des Medics que le statut officiel qu’ils demandent existe déjà sous la forme de l’agrément de sécurité civile délivré par l’État. Par exemple la Croix-Rouge en bénéficie, et est d’ailleurs apte à intervenir à échelle mondiale (puisque la Marche Blanche souhaite également pouvoir se mobiliser en dehors du territoire français). Ses bénévoles sont tous titulaires de diplômes officiels recyclés régulièrement. L’agrément de sécurité civile leur permet d’être mobilisés par les pouvoirs publics.

Or, alors qu’ils sont pourtant habilités à intervenir lors de manifestations publiques, nous n’avons pu que constater leur absence tandis que le gouvernement mutilait les manifestants. Si l’Etat sait se doter de grands moyens répressifs, il rechigne en revanche à assumer son rôle et sa responsabilité quand il s’agit de secourir les citoyens mutilés et blessés par les forces de l’ordre. Souhaiter une accréditation du ministère de l’intérieur pour encadrer nos pratiques, c’est privatiser une nouvelle parcelle de liberté, à savoir l’autodéfense populaire et solidaire.

Compétents ;
Contrairement à ce qui a déjà également pu être avancé par certains membres de la Marche Blanche, la très grande majorité des street-medics sont diplômés et particulièrement conscients de l’environnement dégradé dans lequel ils évoluent.

Ainsi la Coordination 1er Secours et des collectifs comme Street-Medic Formation encouragent régulièrement les medics à compléter leur expérience initiale par des formations autogérées au sein du mouvement, ou des formations tactiques diplômantes. Supposer que le militantisme va de paire avec l’amateurisme démontre une nouvelle fois le grand manque de politisation de certaines personnes, si ce n’est un mépris à peine déguisé.

Les réels amateurs sont les nouveaux arrivés en manifestation, sans aucune connaissance sur les méthodes de défense populaire, et vite rattrapés par leur côté nombriliste si bien que la défense de leurs intérêts personnels passe avant celle des intérêts du collectif, à savoir l’ensemble des manifestants.

Solidaires ;
En tant que primo-intervenant, street-medic ou medic secouriste, il est de notre devoir de faire en sorte qu’aucune victime de la forme violente du maintien de l’ordre ne soit mise de côté.  Car il n’existe pas de maintien de l’ordre non violent, son but même est de tenir les gens par la peur et les coups.

Nous encourageons donc la Marche Blanche des Medics à abandonner cette idée de statut qui ne résoudra aucune violence et n’apporte que de la division, et à reprendre son combat d’origine pour l’élargir à l’ensemble des victimes du maintien de l’ordre. Chaque coup de matraque, chaque personne gazée, chaque impact de LDB est toujours scandaleux, peu importe que la victime soit manifestant, passant, journaliste ou medic.

Dans cette démarche nous rappelons que tous nos bilans sont publics et peuvent être transmis aux autorités compétentes par les personnes désireuses d’aider à la dénonciation de la forme violente du maintien de l’ordre.

Face à la répression aveugle de l’état qui se refuse toujours à apporter une réponse politique, la solidarité est notre plus grande force.

Signataires: Coordination 1ers Secours / Street Medic Formation / Street Medic Paris Banlieue / Groupe Premiers Secours / Action Secours / Blue Medic 75 / Black Cat Medic / Black Snake Rescue 75 / Medic Intervention Rapide / De nombreux médics et secouristes indépendants.


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7 réflexions sur “Communiqué de la Coordination contre l’Institutionnalisation des Street Medics”

  1. Média Street Médics

    Attention n’affirmez pas ce genre de propos et d’ambitions fausses. En aucun cas il n’est questions de se soumettre à l’intérieur et vos informateurs semblent ne pas avoir été présents où ne pas avoir saisi les propos de la juriste lors de la réunion qui s’est tenue avec l’ambassadeur Français en charge des droits de l’homme pour L’ONU.

    1. Je peux témoigner de l’exactitude de ce commentaire il me semble qu’il y a de l’incompréhension, il serait judicieux de vérifier avant de dénigrer et de diviser . L’important est de regarder dans la même direction pour stopper les violences des FO

    2. Bonjour Média Street Medic,

      Les craintes des medics suite à cette nouvelle affaire de badge/statut vient des vidéos de Petit-Jean lui-même, et des communications officielles de la Marche Blanche. Il était bien question du ministère de l’intérieur à ce moment là, et depuis la réunion du vendredi 13 novembre aucun compte-rendu n’a été fait.
      Nous nous sommes donc appuyés sur les dires du protagoniste de l’histoire, et c’est bien l’absence de communication suite à la réunion qui a motivé la rédaction de ce communiqué.

      Si vous étiez présent à la réunion, peut-être pourriez-vous expliquer en détails ce qui a été dit et décidé ? De très nombreuses personnes, y compris chez ceux qui suivent la Marche Blanche, attendent de savoir ce qu’il s’est passé vendredi dernier.

  2. LES COLIBRIS JAUNES

    Par contre la demande d’embauche de 80 observateurs que vos représentants ont formulé dans le but de vérifier les compétences des Médics et Streets Médics et de constater aussi les violences vous n’en parlez pas. Des représentants se seraient ils indûment présentés au nom de 700 Médics et Streets Médics de France ? Étiez vous au courant et d’accord avec celà…

    1. “Vérifier les compétences des street medics” ? C’est un canular ?
      La street medic est une pratique de lutte, d’autodéfense et d’autonomie face à l’État, à quel moment ça peut vous traverser l’esprit de faire une “demande d’embauche d’observateurs” pour “vérifier leurs compétences” ? La street medic c’est pas la croix rouge hein, arrêtez donc d’essayer de récupérer notre pratique svp, ça commence à gonfler pas mal de street medics depuis 10 mois que ça dure votre lubie là.
      Si des observateurs se permettent de venir nous contrôler style “inspection du travail”, je peux te garantir qu’ils seront reçus comme il se doit. La lutte anti-répression c’est pas un putain de job institutionnalisé. On a de comptes à rendre à aucune asso, collectif, coordination, ONG ou observateurs, et il n’y aura JAMAIS de “représentants” des street medics. Ni Petit Jean, ni aucun autre opportuniste en manque d’ego, qui sont qui plus est ouvertement des ennemis politiques de cette pratique.

    2. Et d’après vous comment vont être sélectionnés puisque ce doit être prévu, les 4 ou 5 observateurs nationaux ” sponsorisés/supervisés… pour ne pas dire rémunérés ” peut être par l’onu puisqu’il faudra rendre des comptes à quelqu’un, je parle de ceux qui vont centraliser les rapports des 80 observateurs ?? va t’on y trouver des médics ou secouristes indépendants ? des inconnus ? ou du copinage ? merci de répondre clairement plutot que de supprimer des messages qui vous renvoient a vos propres intolérances …Marc G

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