Transmettre un bilan à la Coordination


Quelles sont les victimes prises en compte ?

Sont prises en compte dans les bilans communs publiés par la coordination toutes les victimes directes et indirectes de la forme violente du maintien de l’ordre. Une intervention sur un passant pris dans les gaz lacrymogènes lors d’une sauvage et qui fait un malaise sera remontée. Une intervention sur un passant victime d’un malaise, rencontré par hasard alors que vous tentez de rejoindre le cortège, loin de toute agitation, ne sera pas remontée.

Victimes des gaz lacrymogènes

Parmi nos trop nombreuses interventions, les victimes des gaz lacrymo représentent une grande partie des personnes à qui nous portons assistance. Combien de sérums phy distribués à la volée, de pulvérisations de maalox quand les gens sortent par dizaines d’un brouillard de gaz, suffoquant et les yeux en larmes ?Il nous paraît difficile d’avoir davantage qu’une estimation, ceci dit elle reste importante.

Ces victimes ne doivent jamais passer au second plan. Il nous paraît important de nous rappeler de les inclure dans nos bilans, d’autant plus si aucun autre type intervention n’est à notifier.

  • Les simples décontamination “à la va-vite” peuvent être simplement décomptées sans plus de détail (ce nombre de “décontaminations” vous est demandé dans le formulaire proposé plus bas).
  • Pour les cas les plus grave (crise de panique prolongée, asphyxie, vomissements, perte de connaissance… cela implique généralement de nombreuses minutes avec la victime) ou touchant des personnes vulnérables (enfants, personnes âgées ou souffrant de maladies respiratoires chroniques), il est conseillé de les reporter individuellement avec tous les détails (heure, lieu, age, symptômes… voir Comment transmettre mon bilan).

Forces de l’ordre

Concernant les membres des forces de l’ordre, aucune information les concernant ne sera remontée.Coordination 1er Secours a pour but de publier les chiffres les plus exhaustifs possibles des victimes de la forme violente du maintien de l’ordre. Les membres des FdO n’en font pas partis et bénéficient déjà de supports relais officiels les concernant.

La coordination est constituée de nombreuses personnes, dont une partie porte assistance aux FdO quand nécessaire. Tous ici avons nos pratiques et nos limites sur le terrain, et il n’appartient à personne de juger tant que les gestes de premiers secours physiques et psychologiques sont correctement apportés. Tous ici restons libre de la forme et du fond des bilans que nous publions sur nos pages respectives, et qui peuvent être le reflet de nos nombreuses causes soutenues à titre personnel, bien au-delà de la seule volonté de donner le nombre des victimes de la forme violente du maintien de l’ordre.

Comment comptabiliser les victimes sur le terrain ?

Nous sommes malheureusement bien placés pour savoir combien il peut être compliqué d’apporter des premiers secours dans un environnement dégradé, alors avoir le temps de prendre des notes des interventions alors que celles ci s’enchaînent parfois beaucoup trop vite… Nous avons recensé trois méthodes, vous pouvez choisir celle qui vous convient le mieux, et nous vous encourageons à nous partager vos propres pratiques.

  • Prise de note écrite sur le terrain: Une personne de l’équipe s’occupe de prendre des notes écrites pendant ou après chaque intervention. Elle s’assure auprès de ses équipiers et de la victime d’avoir toutes les informations dont elle a besoin (voir Comment transmettre mon bilan) et s’occupe de lui donner la carte.
  • Prise de note vocale sur le terrain: Comme la prise de note écrite, mais à l’oral avec son téléphone. Ce peut être bien plus pratique et rapide, mais il faut veiller à conserver ses enregistrement en sécurité (assurez-vous que votre téléphone est chiffré, et supprimez les enregistrements une fois le bilan mis au propre).
  • Débrief d’équipe le soir: Profiter d’une bière en équipe le soir pour discuter des événements de la journée et recenser les victimes, regroupant les informations à partir des souvenirs de chacun (voir Comment transmettre mon bilan).

Cependant, il nous faut garder à l’esprit que la sécurité physique et psychologique des victimes auxquelles nous portons assistance (et de nous-même) restent prioritaires. Faisons au mieux et restons prudents !

Peut-on prendre des photos ?

Le consentement éclairé de la victime est indispensable pour une photo de sa blessure. Il ne s’agit pas uniquement de demander son autorisation pour prendre la photo elle-même, mais de lui expliquer également la diffusion sur le bilan de la coordination, pour laquelle son autorisation est également nécessaire.

Une photo a pour avantage de porter une preuve de plus à la véracité de notre bilan, et de rappeler que derrière une liste interminable de victimes, où se succèdent des “plaie à la tête”, “plaie à la jambe”, “hématome aux côtes” il y a des êtres humains, des corps et des esprits meurtris.

Si vous décidez de nous joindre des photos, nous vous remercions de nous préciser à quelles victimes elles correspondent. Nous vous encourageons vivement à prendre des photos anonymes, faites attention aux signes distinctifs tels que des tatouages, piercings, etc. Nous nous chargerons de cadrer et flouter toute photo reçue et non anonyme avant diffusion.

Comment transmettre mon bilan ?

Coordination 1er Secours n’a ni l’autorisation morale, ni les moyens humains et techniques d’aller chercher les bilans sur vos différents supports relais. Tous ici présents nous sommes engagés à faire parvenir par nos propres moyens les prises en charge de victimes effectuées.

A ce jour, nous proposons deux façons de nous communiquer les comptes-rendus de vos interventions :

Afin de garantir la fiabilité des bilans transmis, de permettre au compte-rendu d’être partagé et repris (par exemple pour servir de base à des travaux d’enquête) et de faciliter le travail colossal de recoupement et synthèse des bilans, il est très important de recueillir et transmettre les informations suivantes:

  • QUAND/OÙ: Date+heure et lieu (quartier, rue, bâtiment connu proche…)
  • QUI : Sexe, âge, type (manifestant, passant, journaliste ?)
  • QUOI : Type de blessure et localisation (aussi précis que possible), symptômes, évolution…
  • COMMENT: Arme ou situation ayant entraîne la blessure (à défaut cause inconnue)
  • ÉVACUATION: Sans évacuation / Mise à l’abri / Extraction de la manifestation / Évacuation pompiers/samu/autre ?
  • Autres équipes ayant intervenu dans la prise en charge.
  • Photo anonymisée (Optionnel, voir Peut-on prendre des photos)

En plus des différentes interventions, pensez à bien nous transmettre les informations suivantes:

  • Nom de votre équipe et/ou de votre groupe
  • Date et ville d’intervention
  • Nombre de personnes dans votre équipe
  • Si vous avez tourné avec d’autres équipes (pour éviter les doublons)
  • Nombre de personnes décontaminés (excluant les cas graves)
  • Problèmes avec la police et répression à l’encontre de votre équipe (voir Repression)
  • Toute information que vous jugerez utile de nous reporter

Format du bilan par email / texte

Dans le cadre d’un retour par mail, merci de nous préciser les informations suivantes à propos de votre équipe et de vos intervention: date et ville d’intervention, nom du groupe/de l’équipe intervenante et taille de l’équipe.

La forme suivante serait fortement appréciée par toutes les personnes actuellement en charge des synthèses:

"Nous sommes l'équipe XXX composés de 6 secouristes intervenus le 16/03/19 à Toulouse. Voici notre bilan:

Nombre de décontaminations: 360.

Victime 1 - Concorde - 13h30
Homme - la vingtaine
Plaie 5 cm tibia droit et multiples impacts sur les deux jambes
Éclats de grenade de désencerclement
Pas d’évacuation
[Photo 1]

Victime 2 - Trocadéro - 15h
Femme - 36 ans - Passante
Hématomes omoplate, forte douleur épaule et bras gauche, possible fracture clavicule gauche
Coups de matraque
Évacuation par les pompiers
[Photo 2]

Victime 2 - Boulevard de Charonne - 16h25
Femme - environ 25 ans - Journaliste
Vomissements, suffocations, perte de connaissance (+13mn).
Gaz lacrymogène
Évacuation par les pompiers
..."

Problèmes et répression à l’encontre de votre équipe

Le bilan que vous transmettez n’a pas à se résumer à la liste des victimes prises en charges par votre équipe. Vous pouvez (et nous vous invitons à) nous partager les problèmes ou les évènements particuliers que vous avez pu rencontrer sur le terrain.

Voici par exemple des événements qui nous sont très régulièrements reportés:

  • Confiscations ou vols (pas procès verbal) de matériel de protection ou de soin.
  • Entraves au secours ou au soin (empêche l’accès à la victime, interrompent les soins…).
  • Menaces, humiliations ou violences à l’encontre des secouristes.
  • Contrôles abusifs ou arrestations de secouristes.

Nous vous invitons à nous préciser, comme pour les victimes, l’heure et le lieu des événements, ainsi que tous les documents et informations permettant d’étayer ces faits et de les inscrire dans des travaux d’enquête et de journalisme: images, vidéos, matricule ou numéro de brigade des forces de l’ordre impliquées…

Nous vous invitons également à partager ces informations avec les contacts habituels les mieux à même à vous aider sur le plan juridique ou médiatique: la Coordination Anti-Répression, le Collectif Désarmons-les le journaliste David Dufrenes (et des journalistes de Médiapart, de CheckNews, du Monde, etc..).

Les bilans peuvent-ils être diffusés ?

Les bilans publiés par Coordination 1er Secours sont libres de diffusion. Nous pouvons tous les relayer sur nos différents réseaux sociaux si nous le souhaitons.

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